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BY IAM TEAM  ARTARTICLESEXHIBITIONSIAM

DE LA PERFORMATIVITÉ DANS LA DÉMARCHE DE MARIE-CLAIRE MESSOUMA MANLANBIEN

Aperçu de #NONAME © Marie-Claire Messouma MANLANBIEN

À l’heure d’une culture mondialisée, il est toujours intéressant de découvrir comment les artistes parviennent à faire dialoguer diverses influences culturelles. Artiste pluridisciplinaire, Maire-Claire Messouma Manlanbien nous plonge au sein de la culture créole et Akan (1). De l’installation, à la vidéo en passant par la sculpture, elle parvient par un subtil jeu de détournement, à créer des œuvres aux discours résolument engagés.

L’artiste élabore une démarche hybride riche marquée par un fort syncrétisme et la dualité du masculin et du féminin. Plus encore, c’est au niveau de la performativité (2) de son travail que réside l’enjeu essentiel de sa pratique.

 

Aperçu de la vidéo « Assez de lamentos » © Marie-Claire Messouma MANLANBIEN

En effet, l’ensemble de ses œuvres inspiré en grande partie par des objets traditionnels de la culture créole et Akan tels que les objets du Dja, cauris, fétiches, etc. ne cessent d’être « réactivés ». A l’instar d’un chef d’orchestre, l’artiste joue à faire dialoguer ses œuvres les unes avec les autres. Ainsi, cette « faiseuse de formes », comme elle se plaît à se présenter, imagine des déclinaisons de ses « objets indices » qui évoluent aux grées des expositions. Par exemple, dans la vidéo Assez de Lamentos, on retrouve un grand nombre des vêtures de l’artiste réactivées aux sons des percussions. Ce dialogue et le rapport au langage est au cœur du processus performatif dans le travail de l’artiste qui est à mettre en parallèle avec les conteurs griots de la culture Akan. Marie-Claire Messouma Manlanbien se place donc comme figure de l’Okyame (le maître de parole). Traditionnellement instruit des coutumes et traditions du pays, il donne la parole à tour de rôle aux différents orateurs de l’assemblée et conclut par des périphrases et métaphores. Ici, le rôle des orateurs est transféré aux différents « objets indices » et le principe de réactivation des œuvres – ce dialogue dans l’espace d’exposition – devient un procédé de nomination, de métaphore du métissage et de la dualité des rapports hommes-femmes.  

 

Aperçu de la vidéo « MATER7 (video dactivation) » © Marie-Claire Messouma MANLANBIEN

Le principe de réactivation n’a pas seulement lieu au moment de la mise en exposition. On le retrouve notamment dans les performances-vidéos. Dans MOON SHAPES, Moonlight, elle réactive vêtures et sculpture de plâtre à l’effigie d’objets du dja et des poèmes sculptés sur feuille de cuivre. Dans Mater 7, Ladies Garden 2016, là encore, elle réactive une série de dessins au raphia et papier tenjin. À la différence de l’activation par monstration que l’on retrouve au moment de la mise en exposition, c’est au niveau du corps de l’artiste que se trouve l’enjeu. Ce qui distingue en tout premier lieu ces deux procédés, c’est  le moment de l’oralité et sa relation avec le corps de l’artiste qui devient « médiateur ».

 

 

« Ladies garden », Marie-Claire Messouma Manlanbien, 2016 © Maëlle Galerie

Dans l’exposition, le conte se joue toujours mais il ne reste plus que l’allégorie de fin proposé par l’artiste–conteuse. L’oralité que l’on observe par la place du son, à travers des bruits, silences, instruments et la forme poétique du langage, collabore à une rythmique qui participe à la création d’un cérémoniel. Les objets-indices deviennent langage, ils prennent la parole par l’intermédiaire du corps de l’artiste de par son rapport à l’objet qu’il soit à niveau physique ou sonore.

L’artiste incarne ici parfaitement le personnage du conteur griot. Puis, en regardant de plus près, on constate que le rôle du spectateur revêt un rôle particulier dans ces procédés de performativité. A l’écoute dans l’un, contraint à l’action, au jeu de la déambulation dans cette narration poétique proposée par l’artiste, dans l’autre.

Cependant, aucun de ces deux procédés ne prévaut sur l’autre. Ce sont deux actes extralinguistiques qui mettent en perspective l’idée que faire c’est dire. Autrement dit, une réflexion sur la place de l’artiste comme médiateur et vecteur d’engagement.

 

À travers une démarche engagée et poétique, ce que nous donne à voir Marie-Claire Messouma Manlanbien est bel est bien un conte philosophique et ses déclinaisons qui démontrent la subjectivité de la différence qu’elle soit sexuelle ou culturelle. La performativité de sa démarche devient langage à part entière en créant des situations de dialogue, de compréhension réciproque, de conciliation et d’acceptation de l’autre.

 

Marie-Claire Messouma Manlanbien s’inscrit donc dans une vision néo-kantienne qui confère au langage et plus généralement aux représentations, une efficacité proprement symbolique de construction de la réalité, ici une réalité cosmopolite et plurielle en constante évolution.

 

 

(1) Peuple Akan originaire du Ghana et de Côte d’Ivoire.

(2) La performativité est un concept de J.L Austin (1970). En voulant définir le caractère performatif de certains énoncés, il cherche à spécifier les différentes occasions où l’énonciation n’est pas en train de « constater » une action ou une situation, mais constitue elle-même une action à part entière. En étudiant ainsi les cas où « dire c’est faire ».

 www.messouma.com

13.10.2017 – Article de Madeleine Filippi – Images: Courtesy of the artist and Maëlle Galerie.

More about Madeleine Filippi
Diplômée d’un Master en Histoire de l’Art et Conception et Direction de Projets Culturels de la Sorbonne. Commissaire d’exposition et critique d’art indépendante depuis 2011, elle oriente ses recherches autour des axes : Archive(s) – Mémoire(s) – Langage(s), au sein d’institutions culturelles publiques et privées. Après avoir été co-rédactrice en chef de la Revue Diapo, elle contribue aujourd’hui à différents magazines et catalogues d’expositions. Membre C-E-A / Commissaires d’exposition associés, Membre AICA France (Association Internationale des Critiques d’Art).

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